Liste de lecture sur l’environnementalisme intersectionnel

Liste de lecture sur l’environnementalisme intersectionnel

(pour les débutant[e]s et vraiment tout le monde)

Le terme « environnementalisme intersectionnel » est particulièrement utile pour expliquer les relations entre la justice sociale, la justice raciale et l’environnementalisme. Leah Thomas, une militante intersectionnelle pour le climat, mieux connue sous le pseudonyme de « greengirlleah » , en propose la meilleure définition : « une version inclusive de l’environnementalisme qui défend à la fois la protection des gens et de la planète. Cette définition souligne la manière dont les injustices qui touchent les communautés marginalisées et celles qui touchent la terre sont interreliées. Elle met en lumière les injustices commises contre les communautés les plus vulnérables et à l’égard de la Terre, et ce, sans minimiser l’importance des inégalités sociales et sans les taire. L’environnementalisme intersectionnel défend l’idée de justice pour les gens et la planète ».

Cette définition claire, même si elle est logique, n’est pas toujours cette qui prévaut dans les cercles de discussion sur l’environnement. En fait, je ne savais rien de cette manière de voir les choses, et ce, même après 5 années passées dans un programme d’études environnementales. C’est ce qui m’a fait prendre conscience du fait que les mouvements environnementalistes actuels négligent de tenir compte des systèmes d’oppression voire les renforcent. Ce nouveau regard sur les relations entre l’antiracisme et l’environnementalisme acquis au cours des derniers mois m’a fait comprendre que les militant(e)s pour le climat et toutes les personnes préoccupées par la planète et les gens qui y vivent devraient en faire davantage.

Alors, maintenant que vous êtes ici, par où on commence? En fait, cela commence par la recherche de moyens de déconstruire les systèmes actuels par la conscientisation et, de manière plus importante, en offrant une plateforme pour celles et ceux qui tendent à être réduits au silence dans cet espace – notamment les voix des personnes noires, autochtones et des personnes de couleur. Je recommande donc les livres suivants sur les inégalités sociales, le racisme et l’environnement pour aider à entamer ce dialogue. J’espère qu’ils vous aideront à comprendre ces liens, mais aussi à générer des conversations au sein de vos propres cercles! P.S. Pensez à chercher ces livres dans les librairies appartenant à des personnes noires, autochtones racisées! 

Livres : 

Saisir le rôle des personnes racisées, autochtones et de couleurs dans les espaces environnementaux 

Black Nature: Four Centuries of African American Nature Poetry de Camille T. Dungy

La poésie qui traite de la nature se limite souvent à aborder les champs et les forêts. En raison de ces limites, les poètes afro-américains sont souvent exclus de ce genre poétique, malgré cette longue tradition qui consiste à incorporer des éléments du monde naturel dans leurs écrits. Leur poésie qui traite de la nature est le plus souvent interprétée comme de la simple poésie de contestation. Dans cette anthologie, Camille T. Dungy remet en question cette idée en présentant 180 poèmes de 93 poète(sse)s, parmi lesquel(le)s Sterling Brown et Wanda Coleman. Ces points de vue diversifiés sur des sujets littéraires, historiques et sociaux aux États-Unis (par exemple, le Black Arts Movement, l’esclavage et les mouvements poétiques afro-américains de la fin du XXe siècle et du XXIe siècle), et ce, pour approfondir notre compréhension des poètes afro-américains(e)s et de la poésie qui traite de la nature. 

Black Face, White Spaces: Reimagining the Relationship of African Americans to the Great Outdoors de Carolyn Finney

Carolyn Finney explore les violences raciales et les politiques historiques du passé, comme les lois Jim Crow, qui ont façonné (et qui continue de façonner) la relation des personnes noires avec le grand extérieur, avec la nature et avec l’environnementalisme. Dans cet ouvrage, elle explique comment les Afro-Américains(e)s ne sont pas respectés à leur juste valeur et comment ielles ont un accès limité aux espaces environnementaux, concrets ou abstraits aux États-Unis, de la récréation extérieure aux sentiers, en passant par les industries environnementales et les publicités de marque. Son livre est fascinant et regorge d’anecdotes sur sa propre expérience de vie qui vous feront réfléchir.  

One Drum: Stories and Ceremonies for a Planet de Richard Wagamese

Même si le livre ne traite pas seulement du développement durable, qui propose un aperçu de notre relation avec la nature, qui tend à être vue d’une lunette blanche. En fait, dans One Drum, l’auteur et journaliste canadien décédé nous livre une série de réflexions, de cérémonies et d’histoires portant sur la tradition, les enseignements Ojibwé et les enseignements et les traditions des grands-pères. Le livre en lui-même constitue un travail de préservation qui permet au ou à la lecteur(trice) de comprendre ce que signifie vivre en harmonie avec la nature, tout en donnant des leçons de respect, de courage et d’humilité comme Ojibwé des nations indépendantes de Wabaseemoong dans le nord-ouest de l’Ontario. Ses expériences vécues, sa perte d’identité, les abus et la négligence font en sorte que la guérison par cérémonie est d’autant plus importante, comme le pouvoir d’unir et de guérir les gens de tous les horizons. 

Tresser les herbes sacrées : Sagesse ancestrale, science et enseignements des plantes de Robin Wall Kimmerer

Occultant, en fin de compte, le point de vue des autres communautés, la littérature portant sur l’environnement tend à se limiter à un point de vue eurocentrique. Professeure, chercheure et membre de la Citizen Potowatomi Nation, Robin Wall Kimmerer nous montre cette connexion que les humains ont avec le monde naturel par l’écriture sur la nature, la science et la sagesse autochtone. Au lieu de la déconnexion qui tend à être mise de l’avant dans la réponse actuelle à l’urgence climatique. Les traditions et la sagesse font état du besoin d’une connexion renouvelée avec la nature qui a pu être observée pendant très longtemps dans les communautés autochtones avant les débuts du régime colonial. Par la même occasion, cela permet de surmonter les obstacles qui existent au sein du mouvement climatique par l’intégration du savoir traditionnel. 

Rooted in the Earth: Reclaiming the African American Environmental Heritage de Dianne Glave

Dianne Glave nous done sa propre analyse de la relation des personnes noires, y compris les Afro-Américains, avec le développement durable et la nature, et ce, en offrant au ou à la lecteur(trice) un récit historique sur les relations et les connexions avec ces éléments. En explorant les différentes expériences vécues et les terres d’appartenance africaine, elle déconstruit la croyance institutionnalisée selon laquelle les personnes noires sont aliénées par rapport au développement durable, à la nature et à la Terre dans son ensemble. Au contraire, leurs pratiques, leurs habiletés et leurs savoirs ancestraux (par exemple, les techniques agricoles) au sein des divers domaines de savoir relatifs au développement durable ne les ont pas seulement aidé à garantir leur rôle comme défenseur(euse) de l’environnement, cela montre comment leurs voix sont essentiels dans le mouvement environnementaliste.

Racisme et justice environnementale

Winning the Green New Deal : How We Can and Why We Must de Varshini Prakash et Guido Girgenti

 Vous avez sans doute entendu parler du nouveau pacte vert, celui qui fait la promotion de législations intersectionnelles? Vous connaissez la loi mise de l’avant par Alexandria Ocasio Cortez aux États-Unis? Heureusement, la collection d’essais présentés par Varshini Parkash et Guido Girgenti sur la version gouvernementale du nouveau pacte vert, qui met en pratique l’environnementalisme intersectionnel. Cela souligne l’importance de mettre en pratique l’environnementalisme intersectionnel, en reconnaissant les liens entre la justice sociale. En fin de compte, par une lunette politique, il est possible d’aborder le besoin de diversifier notre réponse à l’urgence climatique, en tenant compte des communautés marginalisées au sein d’espaces d’environnementaux et les ramener à des enjeux de société par des lois. Sans cela, le manque d’inclusivité, comme le font remarquer l’autrice et l’auteur, ne fera que ralentir le changement. Cet ouvrage devrait vous donner une meilleure compréhension de l’importance de ce concept. 

From the Ground Up: Environmental Racism and the Rise of the Environmental Justice Movement de Luke Cole 

Contrairement aux idées généralement reçues, les communautés autochtones et noires ont une longue histoire de mobilisation politique et de leadership en matière de luttes populaires. Dans ce livre, en fait, Luke Cole présente la manière dont le militantisme de ces deux groupes a permis la création d’une politique fédérale en 1994, connue comme le Executive Order on Environmental Justice, qui visait la protection de l’environnement et la lutte contre les inégalités auxquelles font face les communautés marginalisées. Cette mobilisation a contribué à la croissance des mouvements de justice sociale contre un racisme environnemental. En fait, cette politique a attiré l’attention, au niveau fédéral, sur les injustices auxquelles font face les communautés à bas revenu et les minorités et le besoin d’agir davantage pour la santé humaine et pour l’environnement. Enfin, ce livre constitue un excellent moyen de comprendre un rôle qui se situe entre la justice sociale et l’environnement, le besoin d’une intersectionnalité et de la reconnaissance des inégalités auxquelles les communautés noires et autochtones ainsi que leur résilience. 

Maintenant, si vous avez une connaissance plus approfondie de la manière dont ces risques environnementaux touchent de manière disproportionnée les personnes noires, autochtones et racisées, les textes A Terrible Thing to Waste de Harriet Washington est un bon point de départ, comme Toxic Communties de Dorceta Taylor. 

A Terrible Thing to Waste: Environmental Racism and its Assault on the American Mind de Harriet Washington 

Harriet Washington défend l’idée selon laquelle les risques environnementaux touchent surtout les personnes noires, autochtones et racisées et entraînent chez ces dernières de sérieuses répercussions sur leur santé physique et psychologique, à court et à long terme. Elle discute ensuite de beaucoup d’autres questions sociales. Ces communautés font face à une insécurité alimentaire et à une insécurité en ce qui a trait à l'approvisionnement en eau en raison de sols et de réserves contaminés ou encore d’obstacles à l’accès. En fin de compte, elle établit l’existence d’un racisme qui les rend plus susceptibles d’être exposées à des risques environnementaux.   

Toxic Communities: Environmental Racism, Industrial Pollution, and Residual Mobility de Dorceta Taylor 

Dorceta Taylor élabore également sur l’idée les communautés minoritaires et les pauvres sont davantage exposé(e)s aux risques environnementaux, à savoir la pollution industrielle. Elle explique en détail comment des moyens sont sciemment mis en œuvre pour faire en sorte qu’ielles soient affectées par ces risques environnementaux, comme la planification, le zonage, l’exclusion systémique et la ségrégation. Ielles sont donc plus susceptibles de souffrir de problèmes de santé, notamment de maladies chroniques. Elle montre en outre comment ces communautés font l’objet d’une réponse mitigée à l’urgence climatique, réitérant ainsi le rôle du racisme environnemental auquel elles sont confrontées. 

Enfin, nous savons que le Canada n’est pas du tout innocent en matière de racisme environnemental...

There’s Something in the Water: Environmental Racism in Indigenous & Black Communities de Ingrid Waldron 

En employant une lunette canadienne et en utilisant la Nouvelle-Écosse comme étude de cas, Ingrid Waldon explore les effets du racisme environnemental sur les communautés noires et autochtones au Canada. Elle y applique la théorie coloniale et établie des liens entre a brutalité policière, la brutalité sociale et économique, les questions de classe et de race afin de montrer comment ces formes d’oppression au sein des mouvements environnementaux canadiens causent du tort aux communautés déjà vulnérables. Cette situation a contribué à placer les voix blanches au sein des espaces environnementaux, au détriment des voix noires et autochtones. Pour approfondir notre compréhension de cette réalité, l’autrice souligne la résilience et la mobilisation des communautés noires et autochtones par des mouvements de résistance populaires, notamment ceux qui se mobilisent contre le racisme environnemental, afin de résister à la pollution et à l’empoisonnement de leurs communautés. Il s’agit d’une lecture importante et, même si le livre est écrit d’un point de vue canadien, le problème est international.

As Long as Grass Grows: the Indigenous fight for Environmental Justice, from Colonization to Standing Rock de Dina Gilio Whitaker 

Militante autochtone, Dina Gilio-Whitaker aborde la manière dont les voix autochtones n’ont pas été écoutées au sein des mouvements environnementaux – mouvements dominants qui gravitent autour des intérêts et des discours d’une élite blanche et qui maintient des racines coloniales. Elle expose les facteurs qui ont rendu cette situation possible et met de l’avant le besoin de remettre en question notre approche actuelle pour y incorporer la sagesse autochtone. En fin de compte, le livre réitère la nécessité d’inclure les voix marginalisées dans le mouvement environnemental, afin de construire un avenir plus durable. Il s’agit aussi d’un ouvrage important qui souligne la nécessité d’une approche collaborative en fournissant de nombreux exemples de réussite. L’autrice permet également au lecteur d’avoir un meilleur aperçu historique des relations entre les autochtones et les mouvements environnementaux, en particulier à partir des années 1970 et dans les années qui ont suivi, aux États-Unis. En effet, à travers des exemples portant sur des questions de souveraineté et de droits au territoire ou sur la manière dont ces mouvements environnementaux ont été étouffés leurs voix, le ou la lecteur(trice) peut observer la complexité de cette relation.