Sur la relance verte

Sur la relance verte

Après des mois de perturbations causées par la pandémie de COVID-19, de nombreux pays et régions ont commencé à examiner des manières de démarrer la relance. Cependant, beaucoup de ces plans de relance sont axés sur la relance économique, avec l’objectif de revenir à la « normale ». Or, à de nombreuses occasions, les gouvernements ont mis de côté les règlements et les prévisions relatifs à l’environnement afin de stimuler la croissance de leurs économies locales, comme cela a été le cas aux État-Unis [en anglais seulement] et dans certaines provinces canadiennes, dont l’Ontario et en Alberta [en anglais seulement].

Fondation David Suzuki [en anglais seulement]   

Ces plans manquent de reconnaître les lacunes de nos systèmes « normaux », qui ont contribué aux perturbations climatiques, l’extinction d’espèces, les inégalités grandissantes, la pollution croissante et les risques pour la santé. Ces plans pourraient aussi entraîner de nouvelles éclosions de maladies en plus des crises en ce qui a trait au climat et à la biodiversité. 

Nous devons aller au-delà d’une solution immédiate et à court terme pour la relance de nos économies. L’environnement doit rester une priorité. Nos gouvernements doivent mettre l’accent, de manière claire et décisive sur des objectifs relatifs au climat dans le plan de relance, puisque « notre relance suite à cette pandémie sera plus forte si nous rectifions le tir et si nous prenons nos distances par rapport aux activités qui causent des perturbations climatiques, la perte de biodiversité, la dévastation de l’environnement, l’accélération de la propagation de maladies et qui exacerbent les inégalités ».

L’Union européenne (EU) a été au devant de la relance verte. En mai, la Commission européenne a fait une proposition de de plan de relance qui gravite autour d’un pacte vert européen et qui repose sur des instruments de financement, un plan d’action visant à rendre l’économie de l’Union européenne durable. « Nous choisissons d’accélérer la transition écologique alors que le moment est venu de réinvestir dans l’économie, » affirme Pascal Canfin, président de la Commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire que le comité sur l’environnement. « La COVID-19 n’a pas fait disparaître la crise climatique ». Le 21 juillet, les leaders de l’Union européenne ont donné leur accord pour un pacte sur la proposition pour la relance de la Commission, même si « les pressions politiques internes et les différences culturelles de longue date » au sein de l’UE. Il faut louer l’UE pour avoir fait preuve d’un leadership mondial sur la relance verte, motivant les autres à faire la même chose. 

Politico [en anglais seulement]

Il y a sûrement des raisons valides pour lesquels des gouvernements de diverses parties du monde voient l’inclusion d’un plan d’action politique vert dans leur plan de relance comme un luxe. Beaucoup de gens dans le monde subissent les répercussions de la pandémie dans toute leur gravité, que ce soit par la perte d’un emploi, des difficultés financières, la maladie et la mort. Suite à cette expérience, il est compréhensible qu’on souhaite revenir à la « normale ». 

Cependant, il est crucial de reconnaître les inégalités qui existaient dans nos sociétés et que la pandémie a révélé. Des études démontrent que la COVID-19 a plus gravement touché les groupes vulnérables. En contexte canadien, « au sein de la région métropolitaine de Montréal, le nombre de cas de COVID-19 par habitant est beaucoup plus élevé à Montréal-Nord, la région avec le revenu moyen après taxe le plus bas. Les statistiques de la santé publique de Toronto indiquent aussi un taux d’infection plus élevé dans les zones qui abritent un plus grand pourcentage de personnes à bas revenu et de nouveaux arrivants. »  D’un point de vue historique, il existe aussi des exemples de désastres naturels qui ont des conséquences particulièrement graves pour les populations les plus vulnérables. Par exemple, les données en provenance des États-Unis démontrent que avantage de personnes autochtones ou racisées meurent pendant les canicules [en anglais seulement] ou les inondations. Le Canada ne fait pas exception.

Même s’il y a suffisamment de recherche universitaire et scientifique pour établir que les systèmes « normaux » actuels, dans l’ensemble, sont inadéquats, il est inquiétant de constater que cela ne se traduit pas par une volonté politique à la hauteur de la situation. Le Canada doit encore annoncer son plan pour la relance verte.  

C’est pour ces raisons que des groupes comme 350.org, la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants, Oxfam Canada, et The Leap ont endossé les principes suivants pour une relance verte qui « permettrait au gouvernement et à la société civile de "mieux reconstruire" » :

  • Donner la priorité à la santé et au bien-être des personnes, sans exception. La santé est un droit humain et elle est interdépendante de la santé et du bien-être des systèmes écologiques.
  • Renforcer le filet de sécurité sociale et apporter une aide directe aux personnes. Concentrer les efforts d’aide sur les personnes, en particulier celles qui sont structurellement opprimées par les systèmes existants.
  • Donner la priorité aux besoins des travailleur(euse)s et des communautés. L’aide doit être distribuée d’une manière compatible avec la souveraineté autochtone, une économie résiliente au climat et les droits des travailleurs, ce qui comprend des normes de travail sûres et équitables et le droit de se syndiquer. L’amélioration des conditions des travailleurs des services essentiels doit être maintenue au-delà de cette crise.
  • Renforcer la résilience pour prévenir les crises futures. Nous ne pouvons pas nous remettre de la crise actuelle en renforçant les systèmes qui seront à l’origine de la prochaine crise.
  • Construire la solidarité et l’équité entre les communautés, les générations et les frontières. Dans un monde globalisé, ce qui arrive à l’un d’entre nous est important pour nous tous.
  • Respecter les droits des autochtones et travailler en partenariat avec eux. Un redressement juste doit respecter les droits des autochtones et inclure la participation pleine et effective des peuples autochtones, conformément à la norme du consentement libre, préalable et éclairé.

350.org

Notre situation « normale » n’était pas assez bonne. Nous devons reconstruire nos systèmes, en mieux. Pour ce faire, la première étape consistera à s’assurer que cette transition vers le rétablissement après la pandémie de COVID-19 est socialement et écologiquement juste et équitable, pour tous(tes).